Carburants: Lecornu veut utiliser le "surplus" fiscal pour décarboner l'économie
Le gouvernement a promis mercredi d'utiliser certaines recettes fiscales supplémentaires liées à la flambée des prix des carburants pour financer l'électrification de l'économie et maintenu sa prudence sur des mesures d'allègement à court terme de la facture des usagers, au nom du sérieux budgétaire.
L'envolée des prix de l'énergie devient un thème politique de plus en plus brûlant après plus d'un mois de guerre au Moyen-Orient et dans un climat de pré-campagne présidentielle.
A l'issue d'une réunion du gouvernement à Matignon au parfum de Conseil des ministres, la porte-parole et ministre déléguée à l'Energie, Maud Bregeon, a juste laissé entendre que les métiers du secteur du soin, comme les infirmiers libéraux qui utilisent beaucoup leur voiture, pourraient être prochainement aidés.
"En roulant beaucoup, on entend les difficultés que peuvent avoir les métiers du soin", a-t-elle dit lors d'un point presse, jugeant "encore envisageable d'avancer" pour d'autres secteurs que ceux déjà aidés comme le transport, l'agriculture ou la pêche.
Le gouvernement est également prêt à prendre des mesures d'économies d'énergie en cas de difficultés d'approvisionnement en carburant, a-t-elle ajouté, sans en préciser la teneur, renvoyant aux actions de "sobriété" décidées en 2022-23 après l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Mais à ce stade, le gouvernement écarte tout risque de rupture d'approvisionnement. "Moins de 10%" des stations-service sont en rupture "totale ou partielle", selon Mme Bregeon. Il s'agit le plus souvent de stations du groupe TotalEnergies, qui a mis en place un prix plafond, "ce qui génère une affluence".
- "Cagnotte" -
Avant cette réunion à Matignon, qui a porté aussi sur le budget, la situation internationale et le calendrier parlementaire, le chef du gouvernement avait donné pour "instruction" à ses ministres d'identifier les actions prioritaires pour électrifier l'économie et moins dépendre des hydrocarbures importés.
En suggérant de les financer par les "surplus" des recettes fiscales générées par la hausse des prix des carburants.
Le ministre de l'Economie, Roland Lescure, doit ainsi mettre en place, "dans les prochaines semaines", une offre de location de véhicules électriques "dédiée à certaines professions" comme les infirmiers libéraux.
Maud Bregeon et le ministre des Comptes publics, David Amiel, ont réfuté l'existence d'une "cagnotte" du fait de recettes fiscales accrues, ce dont l'accuse le Rassemblement national.
Ces surplus "ne se comptent pas en milliards" d'euros, a assuré la porte-parole, alors que le chef de file des députés LR, Laurent Wauquiez, les évalue "entre deux et trois milliards d'euros" depuis le début de la crise, et demande qu'ils soient "redonnés aux automobilistes sous forme de baisse de taxes".
L'augmentation des recettes "est compensée négativement, donc à la baisse, par la baisse de consommation, par la baisse de croissance et par l'augmentation des taux" d'intérêt, a expliqué Mme Bregeon.
La cheffe de file des députés RN, Marine Le Pen, qui réclame une baisse de la TVA sur les carburants, a dénoncé les "mensonges" du gouvernement. "Je croyais qu'il n'y avait pas de +surplus+ fiscal ?" et "qu'il n'existait aucun risque de pénurie?", a-t-elle ironisé.
A gauche, La France insoumise réclame le blocage des prix, comme le Parti communiste. Le Parti socialiste demande de son côté "des mesures ciblées sur les ménages les plus vulnérables".
- "Pluie de milliards" -
Le gouvernement peine à répondre à la flambée des prix à la pompe qui grimpent au fur et à mesure que la guerre au Moyen-Orient se prolonge. Il a jusqu'ici décider de distribuer des aides "ciblées" à hauteur de 70 milions d'euros mensuels.
Le prix du litre de gazole a battu un record absolu la semaine dernière. Et le SP95-110, l'essence la plus consommée, a atteint mercredi la barre symbolique des 2 euros le litre.
David Amiel a redit combien le gouvernement était contraint à la discipline budgétaire pour maintenir le déficit à 5% du Produit intérieur brut (PIB) cette année. "Nous ne pouvons pas verser une pluie de milliards d'euros chaque année dont nous n'avons pas le début d'un centime", a-t-il affirmé.
Des choix qui n'ont pas calmé les transporteurs, décidés à se mobiliser toute la semaine, ni les agriculteurs dont le premier syndicat, la FNSEA, en congrès à Caen, a été reçu lundi par Sébastien Lecornu.
L'ONG Greepeace a accusé de son côté les compagnies pétrolières de réaliser plus de 80 millions d'euros de "surprofits" par jour dans les pays de l'UE depuis le début de la guerre.
Avant d'être rattrapé par l'énergie, le chef du gouvernement avait prévu, à la sortie des municipales, d'axer son discours sur le régalien: l'effort militaire, la sécurité et la justice. Il se rendra jeudi à Bordeaux avec le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez.
D.Verheyen--JdB