À un an de la présidentielle, CNews sommée par l'Arcom d'élargir les points de vue
L'islam et l'immigration présentés comme une "menace", l'aide à l'Ukraine critiquée: l'Arcom, a épinglé CNews, la chaîne d'infos dans le giron de Vincent Bolloré, pour la "prédominance" d'un "même courant de pensée et d'opinion", en lui ordonnant de corriger le tir à moins d'un an de l'élection présidentielle.
Le régulateur de l'audiovisuel, qui répondait à une saisine de l'organisation Reporters sans frontières (RSF) en janvier, met en demeure la chaîne où officie Pascal Praud de respecter davantage la diversité "des courants de pensée et d'opinion", sous peine d'ouvrir la voie à des sanctions, notamment financières.
CNews "conteste fermement les griefs" et "exercera les voies de recours appropriées devant le Conseil d’État afin de faire valoir ses droits et, le cas échéant, devant les juridictions européennes compétentes pour assurer la pleine protection de la liberté d'expression et de la liberté des médias", a réagi la chaîne du groupe Canal+ dans un communiqué.
Ce n'est pas la première fois qu'elle se fait taper sur les doigts par le régulateur. Mais, jusqu'ici, l'Arcom ne s'était jamais prononcée sur la question du pluralisme des courants de pensée et d'opinion, un champ plus large que celui des temps de parole politique - sur lequel Radio France a été mise en demeure la semaine dernière - ou des incidents d'antenne ponctuels.
Cette compétence du pluralisme d'opinions a été ajoutée en 2024 par une décision du Conseil d’État, déjà saisi à l'époque par RSF.
Pour Reporters sans frontières, l'Arcom "fait enfin preuve de fermeté" vis-à-vis de CNews, accusée par la gauche de favoriser les thèses de l'extrême droite, ce dont elle se défend.
Avant de rendre sa décision, les services de l'Arcom ont visionné 168 heures des principales émissions de CNews, comme "L'Heure des Pros", "Morandini Live" ou "Punchline", diffusées au mois de mars 2025, période visée par RSF. Soit "des milliers de pages de verbatim", a souligné lundi devant des journalistes Catherine Jentile de Canecaude, qui préside un groupe de travail sur le pluralisme au sein de l'Arcom.
- "Menace" -
Résultat, l'instance de régulation constate dans sa décision "la prédominance d'un même cadre d'interprétation de l'actualité, marqué par une focalisation, à travers les questions de sécurité intérieure, sur la menace que représenteraient l'immigration et l'islam pour la société française, la mise en cause, notamment sur ces questions, de l'action de l'exécutif et de l'Union européenne et une forte défiance à l'égard de l'institution judiciaire, outre la critique systématique du parti La France Insoumise" de Jean-Luc Mélenchon.
"Nous avons constaté une forte convergence des points de vue dans le traitement des principaux thèmes abordés", a souligné le président de l'Arcom, Martin Ajdari, pour justifier la décision, datée du 12 juin.
Quant aux "opinions contradictoires", elles "sont très souvent contredites, justement, voire parfois caricaturées", a souligné Mme Jentile de Canecaude.
"La gestion de la guerre (en Ukraine) par l'exécutif français a été vivement mise en cause sous deux angles récurrents": soit "en critiquant les aides" financières à Kiev "au motif qu'il existerait des problèmes plus importants" (sécurité, immigration ou "islamisme"), soit en présentant les déclarations du gouvernement comme "indûment alarmistes et de nature à instrumentaliser un sentiment de peur au sein de la population française", écrit l'Arcom.
Les médias dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré (CNews, JDD, JDNews, Europe 1) ont été pointés du doigt ces dernières semaines, jusqu'au Quai d'Orsay, pour la place accordée à la chroniqueuse russe Xenia Fedorova, accusée de relayer la propagande du Kremlin. Les dirigeants de ces médias ont fait bloc pour la défendre, en mettant en avant la liberté d'expression.
Après cette mise en demeure, RSF promet d'ores et déjà "de saisir à nouveau l’Arcom et faire sanctionner CNews" en cas de récidive, a souligné son directeur général, Thibaut Bruttin.
En outre, Martin Ajdari a annoncé, avec la campagne présidentielle de 2027 en ligne de mire, que l'Arcom se doterait à la rentrée d'une "veille" sur le respect du pluralisme sur les quatre chaînes info de la TNT (BFMTV, CNews, LCI, franceinfo).
R.Vandevelde--JdB