Journal De Bruxelles - Au Kirghizstan, la téléréalité au secours de la promotion du sport

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Au Kirghizstan, la téléréalité au secours de la promotion du sport
Au Kirghizstan, la téléréalité au secours de la promotion du sport / Photo: Vyacheslav OSELEDKO - AFP

Au Kirghizstan, la téléréalité au secours de la promotion du sport

Chaque semaine, le fonctionnaire devenu apprenti triathlète Aïzaratbek Essenov transpire devant les caméras d'une émission de téléréalité sportive au Kirghizstan. Dans ce pays d'Asie centrale où l'obésité touche un quart des adultes, tous les moyens sont bons pour promouvoir un mode de vie sain.

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"Au début, c'était difficile, je n'arrivais pas à courir et j'étais essoufflé", dit à l'AFP M. Essenov, 33 ans, un cadre d'une entreprise publique dans le secteur numérique, habitué à "rester devant l'ordinateur du matin au soir".

Comme lui, sept fonctionnaires sans expérience sportive ont été sélectionnés pour la téléréalité "Du bureau à la victoire", co-organisée par l'administration du président Sadyr Japarov, qui a fait du sport un axe majeur du développement socio-économique de cette ex-république soviétique montagneuse de sept millions d'habitants.

"Comme nous n'avions jamais fait de sport, il nous faut cinq à six mois d'entraînement continu pour préparer nos corps", explique le fonctionnaire. Le programme doit les mener à la Coupe d'Asie de triathlon amateur à l'automne, où il compte "jouer les premiers rôles". "Depuis que je fais du sport, j'ai acquis de la discipline et j'ai une alimentation saine", raconte celui qui dit avoir "perdu environ cinq kilos".

Son entraîneur, Igor Izmaïlov, veille à ce que ces novices "soient réguliers et ne manquent pas d'entraînements".

Il espère que "ce projet servira d'exemple à ceux qui ne font pas d'exercice physique et mènent une vie sédentaire", et que "davantage de personnes se mettront au sport".

Si les téléspectateurs kirghiz se lassent de suivre ces futurs triathlètes, ils pourront zapper et regarder "Nouveau souffle", autre émission de téléréalité où des personnes en surpoids perdent des kilos.

- "Tendances alimentaires défavorables" -

Ces deux émissions s'inscrivent dans le récent programme gouvernemental "Coeur sain" initié par le président Japarov, qui répète à l'envi faire de la "santé publique la priorité absolue de la politique de l'État kirghiz".

Diplômé de l'Institut kirghiz de culture physique au crépuscule de l'Union soviétique, le dirigeant quinquagénaire veut montrer l'exemple pour "construire une nation en bonne santé" et s'affiche en footballeur, en skieur ou randonneur.

Car au Kirghizstan, 26,6% des adultes sont obèses, soit bien plus que la moyenne mondiale (15,8%), selon les dernières données de l'Organisation mondiale de la santé en 2022.

Une étude kirghize de mars 2026 note des "tendances alimentaires défavorables au sein de la population", la faute notamment à une cuisine riche en viande, produits laitiers et graisses mais pauvre en légumes et fruits.

Les traditions nomades centrasiatiques ont longtemps priorisé des plats caloriques pour lutter contre le rude climat des steppes et des montagnes, où les céréales sont rares.

Et l'augmentation de la consommation d'aliments ultratransformés a encore aggravé le problème.

Selon l’International Food Policy Research Institute (IFPRI), dans "les systèmes alimentaires des pays d'Asie centrale" (...) les carences en micronutriments (vitamines, oligo-éléments, ndlr) sont de plus en plus fréquentes, et la prévalence du surpoids et de l'obésité augmente rapidement".

Dans la région, "plus de la moitié de la population adulte est en surpoids ou obèse" en 2022, note l'IFPRI, une tendance qui "augmente rapidement" et "touche les femmes de manière disproportionnée".

- Objectif 30% de sportifs -

Car dans les sociétés conservatrices centrasiatiques, faire du sport est encore plus compliqué pour les femmes.

"Quand un homme et une femme rentrent du travail, la femme a encore des tâches ménagères à accomplir: cuisiner, s'occuper du bébé, faire la lessive, le ménage", rappelle Eléna Lyjina-Poltchenkova, directrice de la Fédération kirghize de triathlon. Elle espère que "cette émission de téléréalité montrera comment une personne peut évoluer et concilier le sport et la routine du quotidien, au travail et dans la famille", pour motiver les femmes.

Mais la bonne volonté ne suffit pas et pratiquer un sport reste souvent quasi-impossible.

Les autorités reconnaissent un net déficit d'infrastructures, une pénurie de personnel et des financements limités et tentent d'investir pour doubler d'ici 2030 la part de la population pratiquant régulièrement le sport, actuellement à 15%.

"La situation à Bichkek (la capitale) est un peu meilleure, mais compte tenu de la population, le nombre de salles de sport et de piscines reste insuffisant", souligne Eléna Lyjina-Poltchenkova.

La tendance évolue, avec des salles de sport qui essaiment à travers le pays et la construction à Bichkek du futur plus grand stade d'Asie centrale, dont l'inauguration est prévue en août 2026.

S.Vandenberghe--JdB