

Venise: le journaliste d'investigation Seymour Hersh au coeur d'un documentaire
Seymour Hersh, l'un des journalistes américains les plus influents des soixante dernières années, est au centre d'un documentaire présenté à la Mostra de Venise qui explore ses plus grands scoops et ses quelques faux pas.
Co-réalisé par Laura Poitras, couronnée du Lion d'or en 2022 pour son documentaire sur la crise des opiacés, "Cover-Up" a été présenté cette semaine (hors compétition) sur le Lido, révélant à la fois le charme pétillant de cet homme de 88 ans et son caractère irritable.
Dans ce film de près de 2h00, l'ancien journaliste d'Associated Press, du New York Times et du New Yorker évoque ses scoops sur les atrocités militaires américaines au Vietnam et sur les exactions commises à la prison d'Abou Ghraib, en Irak, en 2004.
On y perçoit parfois une certaine arrogance qui a fait de lui un personnage controversé parmi ses pairs et a, peut-être, été à l'origine d'erreurs qui ont récemment terni sa réputation.
"Nous voulions capturer sa résistance, son humour, son côté piquant et sa protection envers ses sources", a déclaré Laura Poitras, qui voulait déjà réaliser un film sur Seymour Hersh il y a 20 ans. "Je pense que sa réserve venait du fait qu'il n'était pas l'histoire. L'histoire, c'est son journalisme."
Pour la réalisatrice de "Citizenfour", consacré au lanceur d'alerte Edward Snowden, l'histoire de Hersh "offre un aperçu historique d'un demi-siècle d'abus de pouvoir aux États-Unis".
Enquêteur acharné et toujours dynamique, ce fils d'exilés juifs d'Europe de l'Est, né au sein d'une famille qu'il décrit comme froide, fermée et intellectuellement stérile, dit avoir "appris à penser" grâce aux livres.
Il continue à travailler aujourd'hui, transférant une grande partie de son travail sur le site de blogs en ligne Substack.
Un scoop récent – la décision du président américain Donald Trump de bombarder les installations nucléaires iraniennes le 22 juin – a cependant été largement ignoré par les médias, illustrant sa perte de crédibilité.
"Cover-Up" aborde brièvement ses articles qui ont jeté le doute sur l'utilisation d'armes chimiques par le président syrien Bachar al-Assad contre son peuple et sur ses allégations selon lesquelles les États-Unis seraient responsables de l'explosion du gazoduc russe Nord Stream 2 en 2022.
Des enquêtes des Nations Unies, ainsi que de médias, ont contredit ces deux affirmations.
Seymour Hersh admet avoir commis des erreurs mais défend son recours à des sources anonymes, voire uniques.
Il a désormais Donald Trump dans son viseur.
"C'est un homme qui veut rester ici à vie... Je crois que c'est sa seule mission. Il ne veut pas d'une nouvelle élection", a affirmé Seymour Hersh vendredi. "Je n'ai pas accès à lui mais j'y travaille."
M.F.Schmitz--JdB