Stériliser les chats, mesure clé pour lutter contre les abandons
La grille se referme derrière la chatte attirée par ses chatons déjà capturés. Elle miaule et s'agite dans la cage-trappe. Ces chats errants sont dorénavant pris en charge par une association, soutenue par la mairie de Floirac en banlieue bordelaise, pour être à terme stérilisés et identifiés.
"Avant c’était l’euthanasie par défaut. Maintenant, on stérilise l’animal et on le remet là où il était sauf s'il est sociable. Je le propose alors à l’adoption", explique Thérèse Duhauga, présidente d'Une pensée féline, ce qui permet "de limiter le nombre de chats et donc d'abandons".
Entre deux hangars, les bénévoles de son association ont repéré cette jeune mère, extérieure à la colonie de chats déjà pucée et stérilisée qu'ils nourrissent quotidiennement.
La discrétion est de mise sur les points de nourrissage pour ne pas attirer des propriétaires tentés d'abandonner leur chat le temps des vacances ou définitivement.
Résultat : les refuges, familles et associations sur qui reposent principalement l'accueil des animaux abandonnés sont "hypersaturés" avec 66% de chats errants. Ils ont dû refuser plus de 45.000 chats l'année dernière, selon une étude présentée mercredi par la SPA et la fondation Affinity qui se basent sur les témoignages de 880 structures.
- Des "chats libres" -
Familière des humains, la chatte et ses petits viendront augmenter le nombre d'animaux à la recherche de familles. "Le but, c’est qu’ils puissent connaître les bienfaits d’une maison. Là, c’est du sursis, c’est précaire", note Madame Duhauga.
Pour ceux "qui ne resteraient jamais sur un canapé", ils reviennent sur le site de leur capture, une fois stérilisés et identifiés au nom de la mairie ou de l'association qui a financé l'opération. Ils sont protégés en tant que "chats libres".
A Floirac, la municipalité s'est engagée depuis 2019 pour stériliser les chats dans la nature et subventionne l'association afin de soigner ces chats, une aide vitale mais insuffisante.
Pour se faire, la mairie a signé une convention avec la Fondation 30 millions d'amis qui finance une partie et depuis janvier l'intégralité des frais de stérilisation et d'identification.
Au total, la fondation a passé 3675 conventions avec des mairies et stérilisé plus de 220 000 chats en douze ans. La SPA et la fondation Brigitte Bardot subventionnent aussi des communes. Sans compter les mairies qui financent directement les associations locales.
"Là où on payerait 7.000 euros à un privé (une fourrière, ndlr), finalement on donne 2.000 à l'association. Il y a une très forte économie et le travail est d'autant plus efficace", souligne Clément Jacob, directeur de cabinet à la mairie de Floirac.
"On a tout à y gagner, constate-t-il, aussi bien d'un point de vue pécuniaire que moral. Cela va dans le sens du bien-être animal au-delà de la mission de service public."
Car les maires ont l'obligation de s'occuper des animaux errants sur leur commune, selon le code rural. Pris en charge par la fourrière, ils finissent par retrouver leurs propriétaires, devenir des chats libres, être adoptés ou euthanasiés.
- "Non-volonté" des collectivités -
Sur près de 35.000 communes qui comptent plusieurs millions de chats errants, beaucoup restent réticentes. Pour le président de la SPA, Jacques Gauchy, "le problème n'est pas financier, il vient essentiellement d'une non-volonté de la part des collectivités."
Ce manque d'engagement se retrouve dans l'étude SPA/Affinity : "79% des structures concernées ne sont pas ou peu soutenues financièrement par les collectivités", au point que "78% ont dû renoncer à des campagnes de stérilisation".
Pourtant, l'enjeu est de taille. Un couple de chat peut théoriquement avoir jusqu'à 20.000 descendants en quatre ans.
Certains propriétaires ne font pas identifier leur chat - ce qui est pourtant obligatoire - ni stériliser alors qu'un mâle peut parcourir des kilomètres pour trouver une femelle faisant jusqu'à trois portées par an.
"Tout vient de la non-stérilisation, voilà la genèse de la marée de chats, explique Mme Duhauga qui s'occupe des chats errants depuis 25 ans à Floirac. Il faut entreprendre un travail de réflexion collective pour une prise de conscience. Sinon, les associations seront condamnées à panser les plaies éternellement."
A.Thys--JdB