Lyhanna: Darmanin exige une "mobilisation générale" des magistrats, manifestations attendues devant les tribunaux
Sous pression à droite comme à gauche, Gérald Darmanin a demandé lundi une "mobilisation générale" des magistrats afin de "faire la vérité" après les défaillances mises au jour selon lui dans l'affaire Lyhanna, qui suscite des appels à manifestations devant les tribunaux.
"Il ne nous a manqué ni de moyens, ni de lois, il nous a manqué de prioriser des viols sur les mineurs", a insisté le ministre de la Justice lors d'une conférence de presse après avoir réuni dans la matinée à la Chancellerie les procureurs généraux pour leur demander de "reprendre l'intégralité des plaintes qui touchent les enfants", soit environ 70.000.
Le garde des Sceaux a expliqué avoir commandé un état des lieux "tribunal par tribunal, commune par commune de toutes ces plaintes", avant de recevoir "les procureurs généraux individuellement" et faire alors "le point".
Cette "réunion de travail" s'est tenue au lendemain d'une marche blanche en hommage à la collégienne à Fleurance (Gers) dominée par la colère face à une "défaillance sociétale", et alors que des associations féministes et de la protection de l'enfance appellent à des rassemblements devant les tribunaux lundi à 19H00.
Depuis la découverte jeudi du corps de la fillette de 11 ans et les révélations sur des plaintes pour viols sur mineures - certaines procédures ayant ensuite été classées - dont le suspect a fait l'objet, le garde des Sceaux occupe le terrain médiatique, se disant d'abord "terrifié" lors d'un déplacement jeudi à Béziers, puis pointant le lendemain sur X "les dysfonctionnements accablants et inacceptables des services de l'Etat".
Lundi, il a répété que des sanctions seraient prises après des "défaillances extrêmement graves", mais écarté l'idée de démissionner comme le réclame notamment la France Insoumise, pointant "une défaillance qui ne tenait pas (à ses) instructions".
Une inspection (justice, gendarmerie et Education nationale) doit rendre ses conclusions sous 15 jours.
- "Urgence absolue" -
La plainte qui concentre les critiques avait été déposée le 22 août 2025 à Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne) par la mère d'une fillette de 11 ans, pour des faits de viols commis entre septembre 2024 et mai 2025 au domicile du suspect.
Après avoir réalisé plusieurs actes d'enquête, dont des examens médico-légaux corroborant les déclarations de la petite fille, le parquet de Toulouse s'était dessaisi au profit de celui d'Auch, territorialement compétent. Transmis par voie postale fin 2025, le dossier n'a été adressé à la gendarmerie de Lectoure que le 9 janvier 2026.
"Si on met neuf mois à ne pas placer quelqu'un en garde à vue ou à ne pas écouter cette personne, je me dis légitimement que notre service public de justice a dysfonctionné", a commenté lundi M. Darmanin.
Les propos du garde de Sceaux ont suscité l'indignation des magistrats.
Dans un communiqué vendredi, la Conférence nationale des procureurs généraux (CNPG) et celle des procureurs de la République (CNPR) avaient dit leur refus que des responsabilités soient mentionnées et sanctionnées avant les conclusions de l'inspection.
Il est "inadmissible" que des magistrats "soient désignés responsables et soumis à la vindicte et aux menaces" avant les résultats de l'enquête administrative, a fustigé lundi Ludovic Friat, président de l'Union syndicale des magistrats, dans une rare missive au ministre.
"Vous écartez la dimension systémique du drame, alors même que votre porte-parole évoque +l'archaïsme+ de notre fonctionnement", poursuit-il dans sa lettre, réclamant des "moyens à la hauteur des enjeux" en matière de criminalité envers les enfants.
Si le budget de la justice a augmenté ces dernières années, il ne comble pas, selon le président de la CNPR, Frédéric Chevallier, un retard structurel: la France compte trois procureurs pour 100.000 habitants, contre 12,2 en moyenne en Europe. Le magistrat relève par ailleurs que la justice ne représente que cinq euros sur 1.000 du budget de l'Etat, et que plus de la moitié du budget du ministère part vers les prisons.
L'affaire Lyhanna "montre que le déni reste extrêmement puissant dans la société", a estimé lundi le magistrat et ancien président de la Ciivise (Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) Édouard Durand, déplorant que la parole des victimes continue de se heurter au fonctionnement de l'ensemble des institutions.
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D.Verheyen--JdB