Le pape demande "vérité, justice et réparation" face au "fléau" des violences sexuelles dans l'Eglise
S'adressant aux évêques espagnols, le pape Léon XIV a demandé lundi "vérité, justice et réparation" face au "fléau" des violences sexuelles commises au sein de l'Eglise, dans un pays où le clergé a souvent été critiqué pour son manque de transparence sur le sujet.
"L'une des situations les plus douloureuses concerne ceux qui ont été blessés précisément par ceux qui devaient prendre soin d'eux, y compris par des membres du clergé", a déclaré Léon XIV devant la Conférence épiscale espagnole à Madrid.
"Face à ce fléau, la communauté ecclésiale est appelée à répondre par l'écoute, la vérité, la justice, la réparation et un engagement toujours plus déterminé en faveur de la prévention et d'une culture de la bienveillance", a-t-il poursuivi.
Dans l'avion qui l'emmenait à Madrid, le pape avait déjà évoqué devant la presse une "plaie toujours ouverte".
Lundi après-midi, il devrait s'entretenir avec des victimes d'abus sexuels commis au sein de l'Eglise, une rencontre à huis clos annoncée par les médias espagnols (dont la date, le lieu et les participants n'ont jamais été confirmés par le Vatican) déjà entachée de polémique, certaines des principales associations de victimes ayant déploré ne pas avoir été invitées.
- "Vision très biaisée" -
"Le pape doit être conscient qu'il perd une occasion en or de s'engager auprès des victimes en Espagne et qu'il repart avec une vision très biaisée", a dénoncé auprès de l'AFP Juan Cuatrecasas, porte-parole de l’association Infancia Robada (Enfance volée), une des principales associations qui a critiqué par le passé l'Église pour son opacité sur la question des violences sexuelles.
"L’exclusion de groupes représentatifs peut susciter une perception erronée (...), en laissant croire qu’il existe un consensus ou une satisfaction générale qui ne correspondent pas à la réalité", a-t-il conclu.
Quelque 200.000 mineurs auraient été victimes d'agressions commises par des membres du clergé en Espagne depuis 1940, selon un rapport de 2023 du Défenseur du peuple.
Le gouvernement du Premier ministre socialiste Pedro Sánchez et l'Église catholique en Espagne ont signé en mars un accord pour indemniser les victimes, après des années de réticence et d'opacité de la part de la hiérarchie ecclésiastique.
Avant son intervention devant les évêques, le souverain pontife avait prononcé un discours inédit pour un pape au Parlement espagnol.
Devant les élus espagnols, ce fervent défenseur des migrants, attendu jeudi et vendredi sur l'archipel des Canaries, une de leurs principales portes d'entrée en Europe, a demandé "une réponse coordonnée, solidaire et efficace" face au "drame tragique" de la migration.
S'adressant aux députés et sénateurs d'un pays dont le gouvernement a délibérément opté pour une politique migratoire d'ouverture, le souverain pontife a évoqué "les itinéraires de plus en plus dangereux", allusion à la route atlantique empruntée par des milliers de migrants africains pour rejoindre les Canaries.
Faisant figure d'exception en Europe, le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez a récemment lancé un vaste plan de régularisation de sans-papiers, qui lui vaut les virulentes critiques du Parti populaire (droite) et de Vox, le parti d'extrême droite devenu la troisième force politique du pays.
- Appel au "dialogue patient" -
Le pape a également réclamé que "toute vie humaine" soit "reconnue et protégée depuis sa conception jusqu'à son déclin naturel, dans toutes les circonstances de son existence", un appel loin d'être anodin en Espagne, où le gouvernement a légalisé l'euthanasie sous conditions en 2021, et a proposé en octobre 2025 d'inclure dans la Constitution, comme en France, le droit à l'avortement.
Très critiqué par le président américain Donald Trump pour ses positions contre la guerre, Léon XIV, lui-même né aux Etats-Unis, a également appelé devant les députés et les sénateurs espagnols au "dialogue patient", déplorant la tendance actuelle au "réarmement", y compris en Europe.
"Les armes peuvent imposer un silence temporaire, mais elles ne pourront jamais construire une paix authentique et durable", a-t-il mis en garde.
Son discours a été salué par de longs applaudissements, certains élus lançant même "Vive le pape!".
Au lendemain d'une messe en plein air célébrée dimanche à Madrid devant plus d'1,5 million de personnes selon les organisateurs, le pape participera au troisième jour de sa visite en Espagne à un autre grand rassemblement au stade Santiago Bernabéu, la mythique enceinte du Real Madrid, dans la soirée de lundi.
Il se rendra ensuite mardi à Barcelone, avant d'achever sa visite en Espagne aux îles Canaries, jeudi et vendredi.
B.A.Bauwens--JdB